La vie imaginaire de Jacques Monory

Monory landerneau

L’œuvre de Jacques Monory, depuis plus d’un demi-siècle de peinture, a connu tous les états de la vie d’un artiste : reconnue, glorifiée, un peu oubliée, puis célébrée. Depuis ces années, combien de textes ont été écrits sur son travail ? Difficile d’intervenir après tant de réflexions brillantes sur l’itinéraire de ce peintre. C’est davantage l’homme que je souhaite évoquer dans ces lignes. Ayant eu le privilège de faire sa connaissance il y a une quarantaine d’années et l’ayant recroisé plusieurs fois jusqu’à ce jour, je voudrais souligner la grande authenticité de son parcours. Jacques Monory a non seulement donné sa vie à la peinture, mais il a de plus tout fait pour mettre en œuvre toutes les conditions pour s’y consacrer physiquement et intellectuellement.
Pour cet artiste, jouant parfois à cache cache avec sa date de naissance, à y faire perdre son latin aux biographes et aux Wikipédiens, la peinture est tout, au point que la frontière entre la peinture et la vie n’existe plus.
Dans ce monde qu'il dit détester, Jacques Monory peint. Il appartient à cette génération de peintres qui retrouvèrent la figuration. L’image photographique hante la peinture de Monory. Ce visible réel dont se sert le peintre est codé. Depuis qu'il peint, Monory interroge la peinture, l'image, la vie.
Cette seule présence au monde qu'il tolère, il la développe, depuis cinquante ans de peintures à travers les thèmes qui l'attirent ou le repoussent : “Meurtres”, “Premiers numéros du catalogue mondial des images incurables”, “Opéras glacés” ou la série de “La vie imaginaire de Jonc’Erouas Cym”. Dans les tableaux de Jacques Monory, la photographie intervient dans tous ses états : clichés personnels mais également photos de presse, magazines, images d’écrans de télévision ou de cinéma. Du rêve, la peinture de Monory a la couleur bleue. Ce bleu manifeste, selon la formulation de Jean-François Lyotard, de « « cette profonde érosion des rapports chromatiques (…), elle est la pulsion de mort agissant dans le champ des couleurs”.
Jacques Monory confirme cette analyse : “Cet insupportable évènement de la mort, j’essaie de l’agrémenter du faste de la tragédie, le colorer de la froideur du roman noir, du thriller bleuté, du délire glacé d'un romantisme dérisoire”. Dans le filtre bleu d’un Monory, les maladies virales de la société sont là. Entre réalité et imaginaire, entre cinéma et rêve, le peintre se met en scène dans ses tableaux et installe son personnage dans ce no man’s land intouchable entre le réel et la fiction. Il y a bien longtemps que le peintre, à la manière des personnages de Woody Allen, dans “La rose pourpre du Caire”, sortant du film pour entrer dans la vie, a franchi cette frontière entre la vie et le tableau. Le peintre aura su construire une image de sa personne en adéquation avec son oeuvre. Jacques Monory est bien un personnage de roman, une silhouette de film, une ombre de polar.

                                                                      Chroniques du chapeau noir

source: http://imago.blog.lemonde.fr/2012/01/28/la-vie-imaginaire-de-jacques-monory/

La parole de Jacques Monory (Encyclopédie audiovisuelle de l'art contemporain)

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